mercredi 1 mars 2017

La draperie Binchoise du 13e au 17e siècle


LA DRAPERIE BINCHOISE DU XIIIe au XVIIe SIÈCLE
                                                                                                                                         Alain GRAUX
LA TECHNIQUE
Le tissage est l’art d’entrecroiser des fils pour en faire des tissus.
On distingue deux ensembles de fils, les uns parallèles au sens d’avancement du tissu en cours de fabrication, appelés fils de chaîne, les autres perpendiculaires à la chaîne, appelés fils de trame. Le mode d’entrecroisement peut varier à l’infini, ce qui permet de créer des tissus très différents les uns des autres.
Les morceaux de tissu les plus anciens datent du néolithique. Des tissus élaborés et d’une grande finesse ont été retrouvés en Egypte. C’est en Chine que la technique du tissage progressa le plus rapidement. On y trouve deux sortes de métiers, celui à traction (Chine et Europe) et le métier à pédale laissant à l’ouvrier la liberté de ses mouvements (Chine).
Les métiers à tisser restèrent très primitifs en Europe pendant des siècles.
L’évolution des métiers à tisser fera apparaître progressivement :
-          le métier à main : tous les mouvements nécessaires pour réaliser le tissu sont assurés par le tisseur. On n’y fabrique que des tissus de petit métrage.
-          le métier mécanique : il comporte un certain nombre de mécanismes synchronisés, mais le changement de canette est effectué à la main.
-          le métier automatique : il ressemble au métier mécanique mais le changement de canette n’est plus manuel.
-          la machine à tisser ou métier sans navette : l’insertion de la trame n’est pas faite par le moyen classique de la navette, mais par un autre dispositif.
Quelque soit la catégorie à laquelle ils appartiennent, deux mouvements sont à considérer, le mouvement des fils de chaîne et le mouvement des fils de trame.

Le chaînage était l’opération qui consistait à fixer par une
boucle des brins de laine (au centre) aux chevilles d’un cadre,
opération avant le tissage. Les ouvriers tendaient la laine sur le
cadre et la raidissaient à l’aide d’une résine Après quoi, elle
était prête pour le métier à tisser

Le tissage était la dernière étape dans
la transformation du fil en draps que
les marchands binchois allaient vendre.

AUX ORIGINES
Les historiens n’ont guère étudié la draperie binchoise. L’existence du métier de la draperie dans la ville est carrément oubliée[1] ou simplement très controversée[2]. Notre ville n’a pas laissé suffisamment d’archives médiévales qui eussent permis un travail plus fructueux.
Nous disposons d’une source intéressante, même si elle nous laisse sur notre faim. Edité par Léopold Devillers, conservateur des Archives de l’Etat à Mons, le fameux cartulaire des cens et rentes établi après une enquête des officiers comtaux qui a duré de 1265 à 1286.  Ce cartulaire qui est aussi un rentier et un censier fait l’inventaire des richesses, des droits fonciers, des revenus VI s.fiscaux dus au comte de Hainaut. Il révèle les rentes sur les masures, les cens sur les terres, les rentes en nature, etc.
Il spécifie que la halle aux draps comprend des étaux donnés aux drapiers (transmissibles par héritage), tanneurs et fripiers qui paient annuellement à la Saint-Rémy (1er octobre) 6 sous blancs. Cela ne signifie pas que ces draps étaient nécessairement fabriqués dans la ville, mais que leur commerce était important :
Et si a li cuens se hale de dras, d’escoherie et de viewariers. Si doit il estaus des drapiers ki est donnés à iretage VI s. par an. De che doivent :
Li hoir Ribert Cysaire, VI s.
Vinchans Corgnieu, VI s.
Li prestre de Cantinpret, VI s.
Et si a li cuens après I estal dont on prent che qu’on puet
Si fu jadis Kanepin. Valt entor VIII s. par an
Jakemes Lorens, V s.              Hues Kenepin, Vi s.
Et après a li cuens I estal kif u Wybert li Crespe, valt VI s.
Jamineaus del Atre, Vi s.        Jehan Beniaus, XII s.             Colars Brokecherens, Vi s.
Et si après I etit estal dont on ne puet nient avoir.
Jakemes Galons, XII s.           Jehans Galon, XII s.               Pières de Gornemont, XII s.
Jehan de Huy, XII s.               Gillars Raingars, XII s.          Jehans Tetins, XII s.
Colars de Hautchin, VI s.       Willaumes Galons, XII s.        Jehans Beausnies, VI s.
Ansiaus de Lestines, VI s.       Colars li Borderes, XII s.       Bertrans de Lobes
Jehans Blanspains, vI s.         Bauduins Aliles, XII s.            Gilles Godelens, XII s.
Gilebert Corgnieus, VI s.       Jehans Scoufleaus, VI s.         Colars Herbrans, VI s.
Watiers Lubiaus, VI s.            Gilles de Mathies, VI s.          Obers li Borgnes, VI s.
Jehans Sponceaus, XII s.        Isaac des Murs, VI s.
Summe des staus de drapiers : LI et demi, valent XV lib. X s. par an. Si doit cascuns estaus avoir de largèce II piés et une paume, et de longèce XI piés. Si rechoit-on ces stalages à le Saint-Rémi »
On remarquera que sur ces cinquante et un étaux de la halle, vingt-quatre ne sont payés que par douze personnes, deux ne sont pas occupés, un est trop petit pour en tirer un cens et un est payé par le prêtre de Cantimpret.
Le comte de Hainaut percevait aussi un droit de vinage sur les draps passant par Binche, cette taxe est due sur toute marchandise entrant ou sortant du comté, un tonlieu sur les laines, les filets (fils), les draps blancs :
« Et si a le cuens en sen winage à Binch LI karée de dras ki kiet et winage doit IIII s. li karète, II d. ; li summe des dras doit VIII d. ; li fais à col, II d.
Et si a le cuens au tonliu des laines, de V s I d. et de VI d. ob. Une ob. Se valt cis tonlius par an entor VII lib. »
Le cartulaire stipule que le maire de l’alleu de Binche doit avoir « …les melleurs dras de celui ki muert en l’aluet à ki le cuens prent melleur catel… », mais le comte peut se servir le premier si la succession ne comprte que des draps.
On trouve dans certaines redevances du cartulaire maints éléments plus probants qui penchent en faveur de l’établissement de drapiers, il y avit des « polies », c.à.d. des rames servant à l’étendage et au séchage des draps :
« Les masures Jehans des polies », « Caufelewe, por se maison et por ses polies », « les polies Henri Mignolet ».
Ces épolies » étaient tenues de payer un cens à la recette du Domaine. Deux fouleries étaient situées, l’une à proximité du pont à bouzarte et l’autre était proche du moulin par-dessus-le-Mont (actuelle ferme de la Princesse, chemin de Péronnes).
Il y avait aussi des teinturiers : « « Gosses li Taintiniers » « Li masure Francart li Taintenier », et des merciers « Bertrans li merchiers ».
Le cartulaire de la draperie de Mons indique que les officiers de cette ville étandaient leur juridiction sur la draperie de Binche. On y remarque que « ...Conseil que li doyens et cil de le drapperie de Binch vinrent prendre à chiaus de le drapperie de Mons l’an LX IIII (1354)… »[3].
Il est probable que dans ces marchands, certains étaient des artisans travaillant la draperie domestique, qui se mua en draperie plus élaborée au fil du temps. Le compte du prévôt de Binche de 1328-1329 signale l’amende encourue par un certain Bousart, foulon, et trois autres compagnons pour avoir travaillé « contre l’usaige dou mestier» [4].
Le compte suivant cite Vinchant le Tondeur et Jehan Vinchant  le drapier[5].
Vers 1335, le tonlieu[6] de « le hale des nues dras » était affermé pour la somme de 24 livres 6 sous blancs[7]
 « Le Tonnieu de le hale  as noes dras » signalé par des comptes du Domaine du XIIIe au XVIIe siècle, produisait 25 livres blancs[8].
Il est à noter que ce tonlieu est à distinguer de celui des laines. Les draps neufs destinés au commerce des drapiers s’opposaient au « vies draps » laissés au commerce des fripiers nommés « vieswariers ».

CONTRÔLE DE QUALITÉ
Aucun écrit ne nous est parvenu concernant la corporation des drapiers, mais elle dut exister, « li doyens » est cité en 1364 et si l’on en croit ce texte des environs de 1372-1380, où l’on parle des « rewarts », inspecteurs du métier, ceux-ci se sont trompés sur la qualité d’un drap, lui ont apposé un plomb de bon aloi. Plus tard, ce drap se révéla médiocre. Jehan Castiauls le descella sans en aviser ses pairs, il est puni par une amende pur ce geste :
« De Jehans Caltiauls pour un drap fait à Binch liquel il et ses compaignons, rewards de le   drapperie, avoit bullet et sellet comme souffisant. Et despuis fu sceu que ils dits draps n’estoient mies bon asseis pour passer au reward. Et pour ce, li dis Jehans le descella sans ses compaignons rewards appeilet, on il fu pour celt cause jugiés pour cascun des compaignons  qui au dit drap sceller avoient  esteit …110s.t. »[9].
Les drapiers binchois se réunissaient à la Saint-Rémi (15 janvier) pur banqueter :
 « As rewards et connestables des drappiers de la ville de Binch, donnet ensi qu’il est de coustume à la fiste de le Saint-Rémy l’an IIIIXX VIII (1388) quant ils eurent quittet leurs los et pris estaus en le halle IIII los de vin et une crasse auwe pour a Kancte  XV IIII sols »[10]
On ne peut que constater la réduction du métier de drapier au cours du temps. En 1335, les étaux de la halle se réduisent à 25. Au XVe siècle, ils ne sont plus qu’une douzaine. Ce phénomène n’est pas propre qu’à Binche, la décadence de l’industrie drapière était due  à la concurrence des draps venus de l’étranger.

LA PETITE DRAPERIE
En 1434, Philippe le Bon interdit l’importation de draps dans les « Pays de par deçà », des draps et des filés anglais. La « petite draperie » ou commerce des sayes ou sayette suppléa  à « la grande draperie » décadente. Les sayes étaient des étoffes, serges de laines communes de teinte foncée. C’est à n’en pas douter , des artisans travaillant ces étoffes  que l’on rencontre dans les textes du XVIe siècle sous la dénomination de drapiers.
Le 4 mai 1448, des envoyés de la ville de Binche vinrent demander aux échevins de la ville de Mons des informations sur le « petite draperie » qu’on pratiquait dans cette ville, on conclut de leur donner satisfaction « attendu que se sont de bons voisins »[11].
Le compte du Domaine de 1495 cite comme drapiers : Jehan Amourette, Colart Bourlart, willame Bourlart, Laurent Francquart, Jacquemart Henne, Jehan Moreau, Visme du Trilz, Collart Plicette, Jehan Sallemont et Jehan Wansart[12], mais le compte de 1505 ne cite que cinq drapiers exposant leurs produits à la halle :
« Leurent Francquart drapier demorant à Binche pour ung plein estal dont on paye par an XXV solz blancs. Item pou ottel : Piere Carmer, Jehan Moreau, Jehan Gobert, Jacquemart Hayne… »[13].
Leur nombre est fluctuant. Ils sont neuf en 1520-1525 :
Michel de Hayes, Jehan Amourette, Anthoine Denis, Anthoine de le Motte, Jehan de Dinant, Herme du Trilx, Collart Gilbault, Bertrand Descrolliers et Jehan Mauraige.
Des attestations médiévales de l’existence du lieu-dit la « Triperie » tentent à démonter qu’une usine était située à proximité de la rue des Triperies actuelle où se fabriquait des étoffes  de qualité médiocre, comme le situe ce texte : «  une maison, chambre, graigne, et jardin…gisant au fond de la tripperie, joindant à l’huis de la tour au ferme, ten. Au rempart et au conduit de la ville… »[14]

AU TEMPS DE MARIE DE HONGRIE
Divers éléments font penser que l’activité et le commerce drapier sont bien implantés.
Le 17 juillet 1533, eut lieu la cession en arrentement d’une maison et ouvroir par Jean Tayenne, bourgeois et marchand drapier, à Cornille Gilbault, tisserand de toile, pour 50 sols l’an de rente[15].
Le 15 février 1545, Jehan Troye, sayetteur, vend à Janin du Bois fils Collart, une maison sur la Haulte Cauchie[16]. Il sera encore cité sayetteur  le 24 novembre 1552, il se déshérite alor d’une autre maison sise Haulte Cauchie, en faveur de sa fille Quintine[17].
Parfois on cite un tapissier[18] : le 4 mai 1545, Jehan Naret fils Michel, tapissier demeurant à Binche, vend à Pierre Naret, tanneur, une masure aux Roquettes[19]
Mathieu de Ransart, tapissier demeurant à Binche, vend le 23 octobre 1546, à Sire Robert Moreau, prêtre, chapelain de l’église de Binche, une maison rue Lion Allart[20].
Le 21 octobre 1549, Guillaume  Tayenne, marchand de draps à Beaumont, vend à Andrieu le Cocq, clerc, son cousin, le jardin dit la Tellerie[21].
Des contacts avec Londres sont établis par les tayenne :
Le 6 juin 1551, Jean Tayenne, marchand de draps demeurant à Binche, vend à son fils Ursmer, marchand de draps demeurant à Londres, des rentes levées sur divers biens à Binche[22] ; de même le 1er mars 1555, par Philippe Tayenne fils Gilles, marchand drapier, fait le transport d’un jardin au profit de Philippe Tayenne, fils Jean, marchand de draps agissant au nom d’Ursmer Tayenne, marchand de draps demeurant à Londres[23].
Le 23 juin 1552, François Moreau et Charles Ansseau mari de Marguerite Fiefvet, ont baillé à rente et à main ferme à Collart Gilbart, fils martin, marchand de draps demeurant à Binche, une maison sise près de ma grande fontaine de Binche[24].
En 1554, à l’époque la plus florissante de la cité, onze étaux de drapiers sont tenus par la veuve Denis le Bailly, Cornil Le Clercq, Anthoine Destenne, Colin et Collart Gilbart, la veuve Simon Huelin, Godefroid Jacquet, Jehan Moreau, Guillaume de le Motte, Jehan Odreau et Philippe Tayenne.

LES SUITES DU SAC DE LA VILLE
La fabrication et le commerce des draps furent ruinés suite au sac de la ville du 22 août 1554.
Par une requête envoyée à Marie de Hongrie, dame de Binche, les fermiers du tonlieu des laines, Meslin du Jon, Philippe et Simon Bosquet, père et fils, demandent d’être libérés de leurs obligations, car il ne se vend plus de laine dans la ville :
« …par fortune de la guerre et ruyne d’icelle cille la dite marchandise qui estoit la principalle de quoy l’on se mesloit en la dite ville, comme est notoire, estoit venue en décadence, de sorte que tous ceulx meslant de laines n’en estoit demouré ung seul, mais sestoient rethirés à Mons, Songnies et d’aultre part dans les villaiges non bruslez… »[25].
Il n’y a plus qu’une douzaine d’ouvroirs « dont le meilleur ne valait pas l’un des anciens » et pourtant il y avait en 1549 environ 70 ateliers qui travaillaient la laine que l’on accumulait, surtout en mai, juin et juillet, mois « pendant lesquels se faisait la principale provision de l’année »[26].
Néanmoins on trouve encore dans le greffe Scabinal des actes où apparaissent quelques représentants du commerce de la draperie :
Le 21 décembre 1554, Anthoine de le Motte, marchand de draps demeurant à Binche déclare qu’après son trépas, ses biens appartiendront à Waudru Gilbart[27].
Philippe Tayenne, fils Jean,vend le 11 novembre 1555, à Pierre Candamaine, marchard de laine demeurant à Binche une maison rue de la Carlerie (rue de Mons)[28].
Le 23 octobre 1556, Leurent de Jeumont vend à Jehan Moreau, marchand de draps, 60 livres de surcens levés sur un cellier[29].
Gille Corne, tisserand demeurant aux Roquettes, faubourg de Binche, vend le 20 juin 1560, une maison à la Carlerie, derrière les Trois Rois[30].
Le 8 janvier 1566, Jehan Minne vend à Anthoine le Voet, marchand de draps demeurant à Binche, une rente due sur une maison au Marché[31].
Le 13 mars 1570, « la masure, tainture, caudière et hostel y servant d’estable, jardin et héritaige dui fu aux hoirs Gilles Vernoye, gisant hors la porte Saint-Jacques, faubourg de Binch, tenant au pré as Asnes, aussi à Andrieu le Hayt et aux rues est demoré à nouvelle rente à fautede réédifier, à Jehan Zecque, tainturier au prix de 35 L. 12 d… »[32].
Les comptes du Domaine signalent une foulerie de draps située près des moulins saint-Jacques :
De 1559 à 1573, c’est Piérard Dodo, foulon qui paie par arrentement
« pour un nouveau arrentement à luy accordet par jean Hannart lors receveur, le faulx rieu du moelin Saint-Jacques joindant sa foullerie de 12 pieds de large ou environ, joindant depuis la muraille du welz jusqu’au thour de l’eauwe dudit moelin, à charge de payer deux chapons au noël… »[33].

LE RENOUVELLEMENT DES COUTUMES
Le renouvellement des coutumes, rendu nécessaire par leur perte lors du sac de la ville, fut réalisé en mars 1589. Les articles 9 et 10 sont consacrés au métier de la draperie. La confection des draps est réalisée sous la surveillance des « eswars » de la ville :
« 10. Qu’estant la loi et magistrat de ladite ville renouvellé en la forme susdite chacun an, au commencement du susdit mois de fébvrier, seront tost après l’introduction de chacun en charge, par lesdit prévost, jurez et conseil, renouvellez les connestables et eswars des mestiers, et as ce choisis les plus idoines, lesquels s’obligeront par serment d’en cette charge bien et soigneusement s’acquitter et faire bon rapport, après avoir de mesme juré qu’ils sont catholiques, et font profession de la seule religion apostolique romaine, et ne participent à aucune hérésie ou opinion contraire à ladite religion, ny permettront  qu’à leur adveu  où sçeu soit fait au préjudice de nos droits et hauteurs.
11. Que par lesdits jurez et six du conseil seront créées les six personnes de la vingtaine, qui ont le regard et administé justice, en ce qui dépend de l’art et mestier de la sayetterie, de mesme le doyen de la drapperie qui avec ses eswars a semblable administration de justice sur ledit mestier de drapperie et feront iceulx pareil serment que les susdits connestables, tant au regard de la religion, que ce qui concerne leur charge et authorité… »[34].

LE REGISTRE DE BOURGEOISIE
Peu à peu, la sayetterie, draperie rurale d’un genre nouveau, développa ses activités comme en témoigne en 1619 le registre des droits de bourgeoisie.
Celui-ci révèle les noms des drapiers binchois de cetemps ; chaque bourgeois paie 2 sols 6 deniers à la Saint-Rémi[35]. Deux sortes de fabrications y sont désignées : la draperie et la génoise[36].
Draperie : Charles Chevalier, maître ; Gilles wamberchies ; Emile de le Vigne ; Jean Dampremy ; Jean Delebecq ; Jean Gilbart ; Jean Philippe ; Louis Millebille et Nicolas le Voet.
 Génoise : Jean Hulin, maître ; François Maret, lieutenant ; Antoine Durant ; Floris Beghin ; Jean du Puich.
Le 11 février 1631, le registre d’audiences de la ville signale : « Dénommez pour doiens de la drapperie Me Foeillien Deppe, Guillaume Stassart, Me Bauduin Navet et pour lieutenans Me Charles Jean et Foeillien du Trieu »
Le même registre en février 1632 cite : «  Henri Defaux, doien de la drapperie et les lieutenans Nicolas Deppe et Bauduin Willemotte »[37].
Cette année là les droits de la halle des nouveaux draps étaient affermés pour la somme de 17 livres. On payait 28 deniers pour les grands draps, outre un denier est prélevésur six draps à titre de gabelle.
Le preneur devait entretenir « les navetz, foretz, coings, marteaux, plombs et aultres semblables instruments qu’il convenoit avoir pour seeler les draps de taincterie… ». Il recevait deux sous pour chaque pièce de drap qu’il était requis auner et un denier pour chaque plomb apposé[38].


[1] H. PIRENNE, Histoire de Belgique, Bruges 1923.
[2] M.A. ARNOULD, L’industrie drapière dans le comté de Hainaut au Moyen-Âge, dans Mélanges Despy
[3] L. DEVILLERS, Notice sur les anciennes corporations de métiers déposées aux A.E.M., pp. 12-13.
[4] A.E.M. Trésorerie du Hainaut, reg. 56, 10e chapitre.
[5] A.E.M. Trésorerie du Hainaut, reg. 57, 7e chapitre.
[6] Impôt payé par les marchands pour avoir le droit d’étaler dans les foires et les marchés
[7] A.E.M, extrait de compte de la recette générale de l’ancien comté de Hainaut, t. 1 (1334-1400), Mons, 1871, p.17.
[8] A.G.R. – C.C. 8765 à 8919
[9] E. ROLAND, La justice à Binche et dans sa prévôté  (1372-1380), dans Les Cahiers Binchois, n° 2, 1979, p.23.
[10] A.G.R. – C.C. 8787.
[11] Archives de la ville de Mons, n° 1296. Registre aux résolutions (1425-1456)
[12] A.G.R. – C.C. 8856.
[13] A.G.R. – C.C. 8866.
[14] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 3.
[15] A.E.N. Fonds de Corroy-le-Château, n° 4459.
[16] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 1, f° 84.
[17] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 2, f° 79 v°.
[18] On ne peut assimiler le métier de tapissier à celui de drapier. L’étude d’Ernest Matthieu : Le métier des tapissiers de haute lice à Binche, bulletin des commissions royales d’art et d’archéologie, tend à démontrer que des tapissiers exercent leur art à Binche sous la Renaissance, mais il ne peut avancer que quelques noms d’artisans, tels que ceux cités ici. Aucune trace de cette activité n’est présente dans les archives, si ce n’est quelques tentatives du Magistrat citées dans cet article.
[19] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 1, f° 71.
[20] Idem. Embrefs, reg. 1, f° 89
[21] Tellerie : lieu où l’on fabrique des toiles.
[22] Embrefs, reg. 1, f° 51 v°
[23] A.E.N. Fonds de Corroy-le-Château, n° 4459.
[24] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 1, f° 75.
[25] M.A. ARNOULD, Les répercussions démographiques du siège et de la ruine de Binche en 1554, in Mélanges Georges Smeth, p.67.
[26] E. ROLAND, Tragiques échos du siège et de la ruine de Binche, in  A.C.A.S., t. 12, 1952, p. 45.
[27] Transcription par le baron de Moreau du greffe scabinal. Embrefs, reg. 3, f° 11.
[28] Embrefs, reg. 3, f° 43.
[29] Embrefs, reg. 3, f° 65.
[30] Embrefs, reg. 3, f° 134 v°
[31] Embrefs, reg. 2, f° 127.
[32] Embrefs, reg. 1, f° 110 v°.
[33] A.G.R. – C.C. 8919 à 8931.
[34] Coutumes de la ville de Binche.
[35] A.V.B. 00-00-02-2.
[36] La génoise, fort apparentée à la sayette, est une sorte de velours de laine
[37] A.V.B. 00-00-01-15.
[38] A.V.B. Massarderie, compte des années 1632-1633.

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